Sonny Rollins – A Night at the Village Vanguard

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Sonny Rollins – A Night At The Village Vanguard (1957 – Blue Note)

1 – Old Devil Moon
2 – Softly, As A Morning Sunrise
3 – Striver’s Row
4 – Sonnymoon For Two
5 – A Night In Tunisia
6 – I Can’t Get Started

Sonny Rollins (tenor sax), Wilbur Ware (bass), Elvin Jones (drums), Donald Bailey (bass) & Pete La Roca (drums) sur A Night In Tunisia

Live at the Village Vanguard, New York City, 03/11/1957

Saxophonist Sonny Rollins

Novembre 1957. Sonny Rollins est alors le maître incontesté du saxophone ténor dans le petit monde du jazz. Depuis deux ans, il a sorti une petite dizaine d’albums, dont en 1956 les deux chefs d’œuvre incontestés que sont « Saxophone Colossus » et son célèbre calypso « St Thomas », et « Tenor Madness » avec un duo avec le jeune John Coltrane. Ce même Coltrane dont on parle de plus en plus, mais qui n’a pas encore fait sa déclaration d’indépendance (« Giant Steps » en 1959).

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Sonny Rollins a débuté sa carrière en 1949 avec Babs Gonzales à l’âge de 19 ans, et s’est surtout fait connaître par ses apparitions dans les formations de Miles Davis (« Dig »), de Thelonious Monk (« Works », « Brilliant Corners »), et surtout le Clifford Brown/Max Roach Quintet où il remplace Harold Land. Ce quintet mythique, considéré comme le créateur du mouvement « hard-bop » (version pure et dure du be-bop de Charlie Parker et consorts), est hélas frappé par la tragique disparition de deux de ses membres, Clifford Brown et Richie Powell dans un accident de voiture. Voilà donc le moment pour Sonny Rollins de devenir leader de sa propre formation.

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Le jeu de Sonny Rollins est alors caractérisé par un son énorme et original, un sens du rythme inégalé, et une grande virtuosité.

Novembre 1957 donc. Sonny Rollins joue à New York dans le fameux club le Village Vanguard pendant deux soirées à la tête d’une petite formation : un trio sans piano (saxophone, contrebasse, batterie). Le Village Vanguard est un club minuscule, décrit ici comme une « boîte miteuse », mais avant tout un lieu mythique de l’histoire du jazz, source du meilleur trio sans piano (l’album en question ici), du meilleur trio avec piano (Bill Evans, Scott LaFaro et Paul Motian – 1961), et du meilleur concert du successeur de Rollins (John Coltrane – Live At The Village Vanguard – 1961, avec Eric Dolphy).

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La musique jouée et gravée pendant ces deux soirées consécutives est âpre et haletante1. Cet album on l’écoute pour les pieds qui battent la mesure, les hochements de tête : c’est avant tout un plaisir physique ! Alors bien sur ne vous attendez pas ici à écouter un grand mélodiste ! Sonny ne l’a jamais été. D’ailleurs, I Can’t Get Started  est la seule ballade, seule respiration au milieu de ces thèmes obsédants que sont ses compositions Sonnymoon For Two et Striver’s Row, le Night In Tunisia de Dizzy Gillespie, et surtout les intenses versions des vieux standards Old Devil Moon et Softly, As A Morning Sunrise
Ce disque c’est le jazz. Jusque dans sa prise de son imparfaite, dans les bruits de la foule, les râles et grognements des musiciens. Parce que rappelez-vous l’histoire des bananes de Sartre2. Le jazz c’est aussi les clubs, l’alcool, le tabac, la fumée. L’énergie, l’urgence. La nuit. La vie.

En 1959, Sonny Rollins décide brutalement d’arrêter de jouer en public. Choqué par le phénomène « John Coltrane » et l’arrivée du free jazz, Rollins détruit entièrement son jeu, et réapprend son instrument, à la recherche d’un nouveau son, de nouvelles techniques comme celle du souffle continu. La petite histoire se souviendra qu’il jouait régulièrement sur le pont Williamsburg de New York, au milieu du brouhaha des voitures, trains et autres hélicoptères (cette histoire influencera notamment Jim Jarmusch pour son film d’études « Permanent Vaccation » avec John Lurie). Il revient en 1962 avec « The Bridge ». Son jeu est moins démonstratif, plus aventureux et fragile, mais ce qu’il perd en assurance il le gagne en émotion. Une nouvelle ère commence pour lui, passionnante et marquée par une série de grands disques torturés, accompagnés par Jim Hall, Don Cherry, Bob Crenshaw, Henry Grimes, Ben Riley, Candido…

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  1. ^ On trouve aujourd’hui cet album sur CD, dans sa version complete : deux CD, trois fois plus de musique. Cet achat est bien sur à privilégier. Mais ceux qui ont découvert cet album dans sa forme originelle ne pourront jamais l’oublier, et seront donc condamnés au doublon.
  2. ^ « Le jazz, c’est comme les bananes, ça se consomme sur place. » (article « New York City » publié dans Jazz 47 en mai 1947)

 

 

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