Bob Dorough – Devil May Care

Devil+May+Care

Bob Dorough – Devil May Care (Bethlehem – 1956)

01 – Old Devil Moon
02 – It Could Happen To You
03 – I Had The Craziest Dream
04 – You’re The Dangerous Type
05 – Owl
06 – Polka Dots And Moonbeams
07 – Yardbird Suite
08 – Baltimore Oriole
09 – I Don’t Mind
10 – Devil May Care
11 – Midnight Sun
12 – Johnny One Note
13 – Yardbird Suite (alternative take)

Bob Dorough (vocals), Warren Fitzgerald (trumpet), Jack Hitchcock (vibes), Bill Takas (bass), Jerry Segal (drums) – Octobre 1956

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J’ai découvert Bob Dorough un beau soir d’été début 80, à l’écoute, comme souvent à ce temps là, de la radio, France Musique il me semble bien, qui retransmettait un de ses concert (New Morning ou Petit Journal ?). Et je l’avais oublié depuis, même si la cassette enregistrée ce soir là a longtemps fait partie de mes incontournables.

Grâce au forum voices, voilà que ce brave Bob vient de refaire une apparition dans ma petite vie d’amateur de musique. Et quel bonheur !

Quand Bob Dorough grave Devil May Care pour le label Bethleem, le petit monde très initié des hipsters, faune délicate rare et difficile à approcher et qui ne daignait porter à ses oreilles que la quintessence pure et dure du bop, rejetant catégoriquement le vieux sentimentalisme effusionnel et compassé du croon system, tomba à la renverse, littéralement mesmérisée par la voix révolutionnaire de celui qui s’était contenté jusqu’à présent de servir d’imprésario au boxeur Sugar Ray Robinson ou de traverser l’Atlantique pour rejoindre Blossom Dearie à Paris et chantonner à sa manière au Mars Club. Déjà pas si mal dans ce marigot de conformisme qu’étaient les temps de guerre froide, direz-vous.

C’est qu’on avait jamais entendu voix plus précise dans sa redoutable vivacité, se jouant avec une facilité déconcertante des difficultés du bop sans jamais – comme Tristano dans un tout autre registre- chercher à s’en affranchir en usant de formules toutes faites, mais, au contraire, en prenant les notes d’assaut par la face nord. ce qui fait que là où parvint Dorough en ce jour de 1956, il n’y avait personne pour l’accueillir. La neige était immaculée et étincellait de l’éclat pur et aveuglant des espaces vierges, ce qui convenait parfaitement au style du chanteur qui ne peut guère être comparé qu’aux plus grands vocalistes, les Ross, Lambert, Hendricks, Jefferson, Pleasure, Baker, Carter ou Jordan.

Bob était capable de chanter les solos de Parker ou de Dizzie en entier et même ceux de Monk sans demander aux musiciens à changer de tonalité. C’est vraiment dommage qu’il ait eu autant de difficulté à enregistrer. Le disque Pour Bethleem est un miracle parce qu’il a failli ne jamais se faire. je ne regrette pas d’y avoir participé et c’est même une des choses dont je suis le plus fier déclarait le vibraphoniste Jack Hitchcock.

Bannister – Voices

 

On aime Bob Dorough comme on aime Blossom Dearie. Pas parce qu’ils font partie du ghotta des grands chanteurs de cette musique, pas pour leur grande voie chaude et émouvante, ni pour leur virtuosité. Bien au contraire, chez Bob Dorough comme chez Blossom Dearie tout n’est que délicatesse, légèreté, et élégance. Et fantaisie. Les deux ont d’ailleurs chanté ensemble à Paris, et sorti plusieurs album Needlepoint Magic, Volume 5 (1979), Simply (1982), I’m Hip (1989). Tous les deux possèdent cette qualité rare que l’on nomme le charme.

Blossom_Dearie

Cet album est son premier en tant que leader. Il en a réalisé une petite dizaine depuis, et annonce la sortie d’un prochain sur son http://www.bobdorough.com. Car le bougre est bien en vie, et encore en activité. Ces douze titres sont tous des petits bijoux de légèreté et de musicalité, qu’ils soient célèbres et mille fois joués (Old Devil Moon, It Could Happen To You, Polka Dots And Moonbeams, Yardbird Suite), beaucoup moins (Baltimore Oriole, I Don’t Mind, Midnight Sun, Johnny One Note, ou des créations (You’re The Dangerous Type, Devil May Care). Et il scatte ce bon Bob, comme sur le Owl de Dizzy Gillespie, et diablement bien, avec toujours la même finesse et un air de ne pas y toucher.

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Ecoutez-donc comme il se promène sur cette reprise du Yardbird Suite de Charlie Parker, ou combien ce Devil May Care est entraînant.


Bob Dorough fait parie des ces artistes mineurs qui font la petite histoire du jazz, ceux dont la notoriété ne dépassera jamais une poignée de passionnés. Mais aussi ceux qui font ma joie, qui me sont indispensables.

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