Elvire 40

J’ai revu ce week-end Elvire 40, œuvre de Benoit Jacquot uniquement diffusé à la télévision en 1986, filmant le spectacle de Béatrice Jacques créé la même année au théâtre national de Strasbourg. Le spectacle est basé sur les sténographies prises lors des cours de Louis Jouvet au conservatoire. Sept carnets de notes retraçant le travail sur une scène du Dom Juan de Molière (les adieux d’Elvire, acte IV, scène 6) à une élève de troisième année, Claudia.

Elvire40-1987_110

Elvire40-1986_110

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je considère Elvire 40 comme le chef d’œuvre du théâtre filmé, art difficile, juste devant l’extraordinaire Looking For Richard d’Al Pacino. Le texte est magistral, la mise en scène dépouillée au possible, et Philippe Clévenot incarne un Louis Jouvet plus vrai que nature. De quoi s’agit d’il ? De l’art du théâtre bien sur, du jeu, et plus principalement de la recherche par l’acteur du sentiment pour sublimer le texte.

Ce qui se dit ici peut s’entendre bien au delà du seul domaine de l’art et du théâtre, et peut entrer dans le domaine plus particulier de la connaissance et du développement de soi. Il fait d’ailleurs écho, me semble t-il avec plusieurs discussions que l’on peut lire actuellement sur le forum (je pense aux fils de Doinel ou de Fusain par exemple), tout comme aux textes de Michaux sur la peinture que j’ai posté chez Loic…

Tu pourrais comprendre La Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, tu pourrais connaître toutes les théories philosophiques… cette intelligence-là n’a rien à voir avec le théâtre.
.
L’intelligence du théâtre, c’est une intuition, qui est difficile à définir, mais qui n’est pas l’intelligence ordinaire des savants; c’est un sens qu’on a, un sens intelligent ; et l’explication que je t’ai donnée, ce n’est pas par la pensée que tu pouvais la comprendre, mais en la sentant.

J’ai depuis longtemps une passion pour le Dom Juan de Molière, comédie religieuse et miracle du Moyen Age comme disait Jouvet. Je l’ai vu une fois au théâtre du Capitole à Toulouse, Michel Boujenah jouait le rôle de Sganarelle. A l’époque je connaissais quasiment le texte de Jouvet par cœur, et bien sur cette fameuse scène d’Elvire. Dans Elvire 40, le comédien qui joue Sganarelle se fait invectiver par Jouvet parce qu’il a oublié son texte. Jouvet se moque aussi de la façon classique de jouer cette scène considérée comme ennuyeuse, et comment Dom Juan et Sganarelle sont habituellement chargés de distraire le public par des diverses clowneries. C’est empli de ses considérations que j’ai assisté, effaré, au spectacle de Boujenah se plantant dans le texte au beau milieu de cette fameuse scène, et essayant de se rattraper à coup de grimaces et de cabotinage. Cet enfoiré m’avait gaché mon Don Juam Evil or Very Mad . Et avait ainsi irrémédiablement perdu tout crédit artistique à mes yeux.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *