[Mode retour dans mon enfance]

Je disais donc plus haut que j’avais beaucoup moins le désir et le besoin d’écrire sur mon fil. Ok, ok…

[Mode retour dans mon enfance]
J’ai très peu de souvenirs de ma petite enfance, mais certains ressurgissent au grès de diverses discussions.

Je suis né à Toulouse dans le quartier de Bagatelle, dans des tours HLM où mon père de retour d’Algérie avait trouvé refuge au milieu des pieds noirs. Aujourd’hui, c »est là que les voitures brulent 😉 J’en suis parti après le CP pour déménager dans le quartier résidentiel d’Ancely suite à l’achat d’une petite maison. De Bagatelle, je garde peu de souvenirs : les grands immeubles, un immense préau que j’avais du mal à traverser quand le vent s’engouffrait, l’école, le gentil instituteur qui m’aimait beaucoup, la cour d’école… Le petit appartement, la chambre commune des quatre frères avec lits superposés. Le rideau coupant la salle à manger en deux, derrière lequel un soir, planqué avec mon petit frère, nous avons découvert que le Père Noël n’existait pas. Mais nous ne l’avons jamais dit à nos parents, pour ne pas les décevoir. Et puis c’était si bien tous ces cadeaux…

Un jour, le gentil instituteur que j’aimais tant m’a réprimandé parce qu’un camarade s’était plaint que je l’avais agressé en lui mordant les fesses. 🙂 Chose que je n’avais jamais fait bien sur – je jure sur la tête de ma mère que je n’ai jamais mordu les fesses d’un garçon, petit ou grand :). J’ai ainsi découvert l’injustice et le désarroi qui l’accompagne, ainsi que l’incompréhension des motivations du petit camarade. J’avoue que cette question m’obsède encore 😉

Ce souvenir m’est revenu violemment à ma découverte de Rimbaud à l’adolescence, et du poète de sept ans que j’avais adoré et qui m’a marqué à jamais :

Et la Mère, fermant le livre du devoir,
S’en allait satisfaite et très fière, sans voir,
Dans les yeux bleus et sous le front plein d’éminences,
L’âme de son enfant livrée aux répugnances.

Tout le jour il suait d’obéissance ; très
Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits
Semblaient prouver en lui d’âcres hypocrisies.
Dans l’ombre des couloirs aux tentures moisies,
En passant il tirait la langue, les deux poings
A l’aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.
Une porte s’ouvrait sur le soir : à la lampe
On le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,
Sous un golfe de jour pendant du toit. L’été
Surtout, vaincu, stupide, il était entêté
A se renfermer dans la fraîcheur des latrines :
Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.

Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet
Derrière la maison, en hiver, s’illunait,
Gisant au pied d’un mur, enterré dans la marne
Et pour des visions écrasant son oeil darne,
Il écoutait grouiller les galeux espaliers.
Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiers
Qui, chétifs, fronts nus, œil déteignant sur la joue,
Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue
Sous des habits puant la foire et tout vieillots,
Conversaient avec la douceur des idiots !
Et si, l’ayant surpris à des pitiés immondes,
Sa mère s’effrayait ; les tendresses, profondes,
De l’enfant se jetaient sur cet étonnement.
C’était bon. Elle avait le bleu regard, – qui ment !

A sept ans, il faisait des romans, sur la vie
Du grand désert, où luit la Liberté ravie,
Forêts, soleils, rives, savanes ! – Il s’aidait
De journaux illustrés où, rouge, il regardait
Des Espagnoles rire et des Italiennes.
Quand venait, l’œil brun, folle, en robes d’indiennes,
– Huit ans – la fille des ouvriers d’à côté,
La petite brutale, et qu’elle avait sauté,
Dans un coin, sur son dos en secouant ses tresses,
Et qu’il était sous elle, il lui mordait les fesses,
Car elle ne portait jamais de pantalons ;
– Et, par elle meurtri des poings et des talons,
Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.

Il craignait les blafards dimanches de décembre,
Où, pommadé, sur un guéridon d’acajou,
Il lisait une Bible à la tranche vert-chou ;
Des rêves l’oppressaient chaque nuit dans l’alcôve.
Il n’aimait pas Dieu ; mais les hommes, qu’au soir fauve,
Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg
Où les crieurs, en trois roulements de tambour,
Font autour des édits rire et gronder les foules.
– Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles
Lumineuses, parfums sains, pubescences d’or,
Font leur remuement calme et prennent leur essor !

Et comme il savourait surtout les sombres choses,
Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,
Haute et bleue, âcrement prise d’humidité,
Il lisait son roman sans cesse médité,
Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,
De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,
Vertige, écroulements, déroutes et pitié !
– Tandis que se faisait la rumeur du quartier,
En bas, – seul, et couché sur des pièces de toile
Écrue, et pressentant violemment la voile !

Rimbaud, 10 juin 1871

Je garde surtout un intense sentiment : mon dégout du racisme ! Tous nos voisins étaient pieds noirs, et parlaient sans cesse d’un étrange ennemi, de façon plus ou moins subliminale, un ennemi sobrement nommé « nord-africain » (bah oui, le « politiquement correct » a une longue histoire). Avec le recul, je me demande comment le petit garçon de 5/6 ans a pu comprendre cette notion, mais je me souviens très bien du sentiment de malaise et de rejet total qu’il a engendré chez moi. Ce qui est dingue, et paradoxal – mais je ne l’ai compris que plus tard – c’est que j’en ai gardé pendant longtemps un coupable mépris pour les pieds noirs et leur accent. Faut dire que la phrase « Hé, M’sieur Harpo, une p’tite anisette ? » (avé l’accent bien sur, MegaHz help ! :)) résonne encore bizarrement dans ma mémoire…

Sur ce sujet là, un petit texte lu un jour sur un blog ami, Le blog d’Electro B-Girl : Just Appreciate Life. J’ai trouvé ainsi sur le net et les blogs les plus beaux textes lus ces dernières années.

 

silence

Je reviens sur ce blog, que j’ai honteusement délaissé pour de basses raisons humaines (en grosse partie la flemme).
Quoiqu’il en soit, je décide d’écrire aujourd’hui sur l’antisémitisme.
Soyons plus précis ;
Je remarque depuis quelques mois, que les gens aiment me prendre à parti concernant les problémes liés à ce sujet.
Comme si je détenais un savoir secret.
Mais ce qui me gêne le plus, c’est qu’on ne demande pas, comme on peut souvent le voir dans les médias, une condamnation de ma part sur les intolérances, etc…
Non.
En fait ces gens désirent simplement que je les conforte dans leurs idées.
Ce sont toujours des athées ou des catholiques qui cherchent mon « soutien ».
Une simple anecdote : la semaine derniére, je fais la connaissance d’une jeune femme suisse italienne, qui travaille dans le cinéma. Elle me parle de sa carrière dans un flot incessant et m’explique pourquoi elle a refusé une offre à Paris : « Le producteur était puissant, snob… Un juif  »

2 secondes de silence pour lire dans mon regard.

J’attends la suite de son histoire, elle attend ma réaction.
Qu’est-ce qu’elle attend bon sang?
Elle se dit quoi elle ?  » Cette nord africaine, je peux lui déverser mes états d’âmes sur la communauté juive, c’est pas elle qui va broncher.  » Ou alors  » Elle a l’air sympa cette fille, sympathisons sur une base sur laquelle je suis sûre d’être d’accord avec elle.  »

C’est trés désagréable comme sentiment, quand les gens attendent de vous de nourrir leur haine.

A cet instant, je m’aperçois que cette situation m’est familière. C’est vrai, ce n’est pas la première fois qu’on attend que je jette de l’huile sur le feu. Les gens sont lâches et si une arabe peut les conforter dans leur antisémitisme alors ils prennent. En fait ils ne font pas que prendre : Il y a une demande, ils recherchent l’offre.
On attend de moi que je valide des propos racistes. Que je valide par la même occasion, des propres clichés concernant ma communauté. C’est vicieux.

Comme je ne dis rien, on lâche l’argument de secours: Palestine.
Et là, parlons peu mais parlons clairement, ça me fait chier.

Mon Ami, je suis née à Vernon dans l’Eure, le 12 juillet 1979 et j’ai grandi à Courcelles sur seine, commune de moins de 1500 habitants à grosse tendance plouc-facho. Que dire de plus ?

Un pote (non musulman, non juif, s’il faut préciser) m’a regardé comme une traître au royaume du Roi Lear aprés lui avoir dit, que oui je m’en foutais des communautés. Mais je m’en fous royalement. Face à mon indifférence, il a insisté 3-4 fois :  » Mais imagine, ça veut dire que tu pourrais être ami avec un juif, un juiffff.  »

Là encore, deux secondes de silence.

Le type est suspendu à mon regard, le bouche entrouverte, attendant pathétiquement que je lâche quelques mots qui le rassureront sur le bon déroulement de ce monde, que la terre tourne toujours autour du soleil, que 50 cents ne sait toujours pas desserrer la mâchoire et que Britney n’est définitivement plus avec Justin.

A cet instant, deux choix s’offrent à moi :
1) Je tente de lui expliquer la vie.
2) Je reste silencieuse.

La plupart du temps, je reste silencieuse. Inconsciemment je dois me dire que dans mon silence, ils entendent peut-être le son solitaire et vide de leurs mots. Et sans écho de ma part, leurs mots se meurent d’eux-mêmes.
Ils attendent, fébriles, un coït verbal en ma compagnie, je préfère les laisser se masturber seuls avec leurs fantasmes.
Un souffle de ma part donnerait vie à leurs pensées.
Je leur concéde donc 2 secondes de silence pour leur laisser le temps de changer de sujet… ou d’interlocuteur.

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