Auto-psy de petits crimes innocents

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J’avais redoublé trois fois, alors quand les lolos de Lolotte ont poussé, les garçons du collège étaient pas encore boutonneux. Aussi, je chassais à la sortie du lycée d’à côté. Je savais les appâter : j’utilisais les vieux trucs à maman, le rouge à lèvres et la culotte à ficelle. Tout le monde s’apercevait que j’étais terriblement sexy, sauf celui que je voulais. Comme c’était pas un problème que je pouvais régler comme d’habitude, j’ai du ruser.

Pour commencer j’ai décidé de m’attaquer aux proies faciles, ceux qui sont les premiers de la classe et que personne veut à cause des boutons sur la figure, ceux qui sont voués à l’échec parce qu’y sont trop intelligents. Les jolies filles sont pas toujours heureuses, et les garçons intelligents sont rarement beaux. Y a une justice.

Au bout d’un moment, j’avais ma petite réputation. C’est parce que je trompais pas sur la qualité. Je leur apprenais la différence entre érotisme et pornographie : pour les émoustiller et faire durer leur plaisir, je mettais des vêtements serrés pour pas qu’ils puissent mettre la main dans ma culotte. Je portais aussi des soutiens-gorge qui s’attachent devant rien que pour les laisser chercher une attache par derrière, le nez dans les avantages. Mais j’ai toujours été honnête, j’ai jamais volé personne : à la fin, y z’avaient ce qu’ils cherchaient avec leur bout de viande entre les jambes. Ça avait sur eux un effet enjoliveur : quelques temps plus tard, y z’avaient plus de boutons.

Extrait de Auto-psy de petits crimes innocents, Gérald Gruhn, ABS éditions, 2007

En ce moment au théâtre à Paris, au Fil à Plomb

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À aimer au premier et au second degré…
Prenez une adorable petite fille, enlevez lui une ou deux valeurs fondamentales pas très importantes puisque essentielles, laissez la macérer quelques années dans sa solitude, et vous en ferez une serial-killeuse la plus innocente de toute l’histoire du crime. Sous forme d’une caricature, cette histoire met en scène avec cynisme et dérision les travers d’une société individualiste, face au destin tragique d’une petite fille sans repère.

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